Sous la plume des synchronicités

L’homme fait face à un écueil de taille…

La nature de la matière l’environnant est liée à la façon dont il l’observe.
Sa façon d’ « envisager » le monde participe de l’émergence de celui-ci.

La partie de cache-cache est engagée de longue date et le voilà, maintenant, face au miroir de lui-même qui le regarde et l’interroge : que voit-il de ce qu’il est ? Comment nous « dé-visageons-nous », et avec quel langage « en-visageons-nous » de dialoguer avec cet Autre ?

Plus loin dans le livre « Dialogue avec l’ange », celui-ci nous répond :

« Quoi de plus naturel que de parler ensemble ?
C’est au sommet de tes questions
Que tu trouveras la réponse
Je suis là,
Je ne peux te parler que de là »

Le dialogue avec cet « autre que soi » serait naturel, nous dit-il. Soit…Mais où le sommet de nos questions se trouve-t-il ?
Le sommet évoque l’endroit où il n’est plus possible d’aller plus haut, où rien sous nos pieds et dans nos mots ne nous permet de nous élever.

Si j’ai une réponse possible, suis-je au sommet de ma question ?
Au-delà de nos limites et de nos concepts serait la réponse ?
Se laisserait-elle trouver dans un renoncement, un « je ne sais pas » fertile, substrat d’un inconnu en germination ?

A cette place là, et en temps ordinaire, notre vécu temporel nous fait tourner dans le labyrinthe de la dualité : puissance et impuissance, maîtrise et fuite. D’une rive à l’autre du mental et de l’émotionnel, nous cherchons inlassablement une sortie dont nous serions à l’origine tout en sachant que c’est parfaitement vain.

C’est à ce constat que le « Dialogue » s’instaure :

après l’ex-ploration de nos limites,
après avoir dé-ploré  l’absolue impuissance à s’en extraire par nous-même,
l’im-ploration d’un improbable impensable surgit du champ des possibles…

La seule certitude qui s’offre alors moi est que je suis arrivé au sommet…

MAINTENANT !

Mais alors Quid de cet « Autre » ?

Pour ma part, il a pris la forme du messager inter-rieur de « l’Ici et Maintenant » prompt à répondre aux maux de la matière par des mots d’esprit.

Plus largement, la question de cet “Autre” est intimement liée à l’histoire de l’humanité.

Toutes les formes de traditions (païennes, chamaniques, ésotériques, religieuses…) rendent compte de cette expérience intime où il est question de « messager » (malakh en hébreu, angelus en latin, angelos en grec,).

Depuis l’Ange de la religion indienne mazdéiste, il y a 4000 ans, à la « théorie des cordes », en passant par les trois religions abrahamiques, l’homme n’a de cesse de croiser son double lumineux, sa « dimension parallèle » omnisciente, qui sait, « avant tout, et n’importe où », intemporelle et non locale.

Alors quid de l’Ange que les représentations religieuses nous décrivent comme humain et désincarné ? Corps et lumière ?

Guitta Mallasz, scribe des « Dialogues avec l’ange », transmet une définition édifiante sur la nature de celui-ci. Les « anges » se définissent eux-mêmes comme :

« Les corps de lumière » des humains
tandis que ces derniers seraient
leurs « pareils plus denses »

Voilà bien dans ces mots une évocation de l’état ondulatoire et corpusculaire des particules, un pont jeté entre les mondes matière et esprit jusqu’ici inconciliables, une métaphysique, sorte de « cantique du quantique ».

Dans le même temps, les développements des connaissances de la psyché et de la physique moderne, explorent les dimensions de l’inconscient et de la physique des particules.

D’Alain Aspect en 82 et son concept d’intrication quantique au niveau « micro », à Etienne Klein en 2010 au niveau « macro », en passant par Jung, les dernières découvertes semblent valider l’hypothèse quantique du monde et ce, même à notre échelle.

Le chat de Schrödinger, prisonnier des états superposés « mort et vivant » attend l’ouverture de la boite afin qu’un observateur puisse enfin le déterminer : soit l’un, soit l’autre…

L’homme fait face à un écueil de taille : la nature de la matière l’environnant est liée à la façon dont il l’observe. Sa façon d’ « envisager » le monde participe de l’émergence de celui-ci.

(Suite…)

Le voilier est une belle métaphore de l’humain…

dans ses multiples dimensions, en négociation permanente avec la part fluctuante et insaisissable de lui-même, à la recherche d’une « verticalité  intérieure ».

Face aux aléas d’un monde mouvant et impermanent, « celui qui va sur la mer » écoute, compose avec les éléments, interprète, s’adapte : un bruit inhabituel, des feux incertains, une déviation magnétique, une avarie, un pétrolier surgi de l’horizon, un coup de vent soudain. En veille permanente, il fait corps, arc-bouté sur ses instruments, extirpant d’une triangulation éphémère un point géographique toujours trop approximatif. Il fait et refait ses calculs, tentant de trouver un point fixe, mais pour quelques instants seulement.

Dans cet univers où la perfection immobile n’est pas de mise, le marin s’accommode peu à peu de sa perfectible maîtrise et s’initie à la relativité : prenant de la hauteur sur les situations, la navigation au degré près s’essaie à l’estime et à l’intuition.   D’un impossible « point fixe » il change pour un…« point de vue ».

A la force des choses, il renonce à tout maîtriser, parfois même jusqu’à « rendre l’âme », lorsque, à fond de cale, ne finissant pas de vomir sa bile, il s’abandonne à une incertaine providence. Il découvre alors qu’il fait face, malgré lui, trouvant les solutions au fil des événements.
Parfois même, il se surprend à penser que celles-ci semblent « le » trouver.

Peu à peu, au gré des hasards, une logique en filigrane transparaît, jouant une sorte de cache-cache avec le Réel. A l’expérience répétée, il en arrive à faire l’hypothèse que les lois de la statistique et de la probabilité ne rendent plus totalement compte de la mécanique du vivant, et ce qu’il percevait jusqu’ici comme chaos, prend peu à peu un sens, subtil, encore imprécis.

Les événements paraissent s’emboîter dans une logique propre. Les rencontres incertaines et les hasards improbables semblent baliser une nouvelle carte temporelle : tel événement trouve son écho 6 mois plus tard, puis de plus en plus rapidement, 3 mois, 2 mois, jusqu’à l’instantanéité.

Deux voyages s’insinuent l’un dans l’autre :

L’un, maritime et conquérant,
du présent vers le futur,
L’autre, intérieur et énigmatique,

du futur vers le présent.

 

Étrange cisaillement temporel qui l’oblige à un nouveau paradigme :

Parti à la conquête des méandres de l’espace,
il revient conquis par les circonvolutions du temps.

A l’épreuve du symbolique, les hasards mutent en synchronicités et les synchronicités en co-incidences, où deux réalités « incidentes » l’une avec l’autre l’initient à une sorte de dialogue intime, où l’ « âme agit » semble estomper l’horizon du tangible.

Un dialogue s’instaure,
un dialogue avec un « Autre » encore inconnu,
une conversation en écho, une résonance agissante,
une conversation en « écho-incidence ».

(à suivre…)

Récit d’un voyageur du « je ne sais pas »…

 

Le voyage est un déplacement dans un espace et un temps qui rompt avec le rythme pendulaire du quotidien.

Nous invitant à l’inconnu, il induit un état intérieur « suffisamment vide de représentations » et oblige à un aménagement temporaire avec le « je ne sais pas », état d’incertitude que notre esprit rationnel, tend à repousser dans ses ultimes limites, sauf à quelques moments privilégiés, comme l’état amoureux, l’art, l’écriture…et bien sûr, les voyages.

Le voyage est donc une sorte de brèche dans le connu, une faille tectonique au sein des continents du savoir, de laquelle surgit la « pâte » magmatique fusionnelle, écartant inexorablement l’une de l’autre les « rives-alitées » de notre pensée duelle.

Comme disait Marcel Proust :
« Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux ».

Des différentes façons de voyager, il en est une particulière que la mythologie grecque nous a laissée dans l’Odyssée ; je veux parler de la navigation maritime : c’est par elle que j’ai découvert mes « nouveaux yeux ». C’est par une histoire de mer que j’ai commencé ce voyage pour me rapprocher peu à peu des rives du quotidien et y trouver, en filigrane, ce que Bertrand Poirot-Delpech découvrait dans son livre « Traversées » :

« …Nous ne sommes pas quelque part,
nous sommes à un instant de nous-mêmes ».

A propos de navigation maritime et des marins, Aristote disait :

« Il y a trois sortes d’êtres :
les vivants,
les morts
et ceux qui vont sur la mer ».

Ni vivant ni mort… le marin expérimenterait-il un 3ème état du vivant ? un entre-deux spatial et temporel ? un « flottement » entre deux abysses ? Alors, partir en mer, ce serait quitter le connu et faire l’expérience d’un autre monde, d’une autre réalité ?

(à suivre…)